Les bases : apprendre à voir un neume
Avant d'ouvrir le Graduale Triplex, installons quelques repères simples. À la fin de cette page, vous saurez reconnaître la portée grégorienne, sa clé, et une dizaine de neumes fondamentaux.
1. La portée à quatre lignes
Notre portée moderne compte cinq lignes. Le chant grégorien, lui, se note sur une portée de quatre lignes seulement (le tétragramme). C'est suffisant, car les mélodies grégoriennes tiennent dans un espace de notes assez restreint. Comme aujourd'hui, plus un signe est haut sur la portée, plus le son est aigu ; plus il est bas, plus le son est grave.
Une clé est un repère placé en début de ligne qui indique le nom d'une des lignes. En grégorien, on utilise surtout deux clés : la clé d'ut (do) et la clé de fa. Elles ne fixent pas une hauteur absolue (le chœur ajuste la hauteur à sa voix), mais elles indiquent où se trouvent les demi-tons, ce qui suffit à chanter juste.
2. La note de base : le punctum
Dans la notation carrée, la note isolée la plus courante est le punctum — littéralement un « point », dessiné comme un petit carré. Une variante, la virga (« baguette »), est un carré prolongé d'une petite queue ; elle note souvent une note plus haute. À la lecture, punctum et virga valent tous deux une seule note.
3. Les neumes de deux notes
Tout se complique — et devient intéressant — quand plusieurs sons se chantent sur une seule syllabe. On les regroupe alors en un seul dessin. Règle d'or de la lecture : on lit un neume de bas en haut et de gauche à droite, en suivant le tracé.
4. Les neumes de trois notes
Avec trois notes, on décrit de petites « vagues ». Retenez surtout ces quatre-là, que vous rencontrerez sans cesse :
Beaucoup de noms de neumes « disent » leur dessin : scandicus évoque l'ascension (comme « escalade »), climacus la descente d'un escalier (le climax grec = échelle), flexa la flexion vers le bas. Fiez-vous à la forme avant de retenir le nom.
5. Deux signes qui changent la couleur du chant
Certains petits signes ne changent pas la note, mais la façon de la chanter. En voici deux essentiels, que nous retrouverons dans les exemples :
- Le quilisma — une note dessinée en dents de scie, légère et fugace, qui sert de tremplin vers la note suivante ; traditionnellement, on allonge un peu la note qui la précède.
- L'épisème — un petit trait horizontal ajouté au-dessus (ou à côté) d'un neume pour indiquer qu'on pose, qu'on élargit la note. C'est l'équivalent d'un léger « appui » de la voix.
Un neume = un dessin qui se lit de gauche à droite et de bas en haut. Sa forme raconte le mouvement de la voix ; certains signes ajoutés (épisème, quilisma) racontent la manière. Vous avez maintenant tout le vocabulaire de base pour aborder le livre qui les réunit.