Petit glossaire du chant grégorien

Tous les mots clés croisés au fil du blog, réunis et expliqués en une phrase. À garder sous la main pendant votre lecture.

Les styles de chant

TermeEn clair
SyllabiqueUne note par syllabe. Le texte reste très clair. Ex. : la séquence Victimæ paschali.
NeumatiqueQuelques notes (2 à 4) par syllabe. Ex. : l'introït Puer natus est.
MélismatiqueDe nombreuses notes sur une seule syllabe. Ex. : le graduel Viderunt omnes.
MélismeLa longue guirlande de notes elle-même, chantée sur une voyelle.
JubilusLe grand mélisme de joie, typiquement sur le « a » de l'Alleluia.

Les neumes de base

Notation carréeNeumeÉquivalent moderneMouvement de la voix
Punctum, notation carrée (université de Bâle) Punctum Punctum, équivalent moderne (université de Bâle) Une note (petit carré).
Virga, notation carrée (université de Bâle) Virga Virga, équivalent moderne (université de Bâle) Une note (carré à queue), souvent plus aiguë.
Pes, notation carrée (université de Bâle) Pes (podatus) Pes, équivalent moderne (université de Bâle) Deux notes qui montent.
Clivis, notation carrée (université de Bâle) Clivis (flexa) Clivis, équivalent moderne (université de Bâle) Deux notes qui descendent.
Torculus, notation carrée (université de Bâle) Torculus Torculus, équivalent moderne (université de Bâle) Trois notes : bas · haut · bas.
Porrectus, notation carrée (université de Bâle) Porrectus Porrectus, équivalent moderne (université de Bâle) Trois notes : haut · bas · haut.
Scandicus, notation carrée (université de Bâle) Scandicus Scandicus, équivalent moderne (université de Bâle) Trois notes (ou plus) qui montent.
Climacus, notation carrée (université de Bâle) Climacus Climacus, équivalent moderne (université de Bâle) Une note puis une cascade descendante de losanges.

Le tableau suivant, issu d'un cours en ligne de l'université de Bâle compare aussi ces neumes à travers plusieurs écritures anciennes — Saint-Gall, messine, aquitaine…

Tableau comparatif des neumes à travers plusieurs écritures anciennes (Saint-Gall, messine, aquitaine), notation carrée et notation moderne
On remarque la précision différenciée dans les neumes messins (manuscrit de Laon), qui se distingue par l'utilisation de plusieurs graphies pour un même neume. Notons aussi en comparaison un certain manque de précision dans la notation carrée et la notation moderne.

Les signes de nuance

SigneCe qu'il demande
QuilismaNote légère en dents de scie, tremplin vers la note suivante ; on allonge un peu la note précédente.
ÉpisèmePetit trait : on pose, on élargit la note.
Lettre cceleriter — rapidement, sans appuyer.
Lettre ttenete — tenez, allongez.
Lettre aaltius — plus haut.

Quelques définitions complémentaires

TermeEn clair
NeumeSigne notant un ou plusieurs sons sur une même syllabe (du grec pneuma, souffle).
Portée / tétragrammeLes quatre lignes sur lesquelles s'écrit la notation carrée.
CléRepère de début de ligne (clé d'ut ou de fa) qui situe les demi-tons.
DiastématiqueNotation qui indique les hauteurs exactes (la notation carrée).
AdiastématiqueNotation « en champ libre » qui montre le geste sans les hauteurs précises (les neumes anciens).
Litteræ significativæLes petites lettres ajoutées aux neumes pour préciser le rythme ou l'expression.
ModeLa « famille de notes » et la couleur d'une mélodie (huit modes en grégorien).
Graduale TriplexLivre de Solesmes (1979) superposant trois notations : Laon (haut), carrée (centre), Saint-Gall (bas).
Laon (ms 239)Manuscrit du IXe s. ; écriture messine, réputée pour sa précision rythmique.
Saint-GallManuscrits suisses (Cantatorium 359, Einsiedeln 121) ; écriture claire du geste mélodique.

Les genres de chant rencontrés

GenreRôle dans la messe
IntroïtChant d'entrée. Ex. : Puer natus est, Lux fulgebit.
GraduelChant méditatif après la 1re lecture. Ex. : Viderunt omnes.
SéquenceChant strophique avant l'Évangile, aux grandes fêtes. Ex. : Victimæ paschali laudes.
AlleluiaAcclamation avant l'Évangile, prolongée par le jubilus. Ex. : Dies sanctificatus, Pascha nostrum.
Pour aller plus loin

Le meilleur apprentissage reste l'oreille : écoutez des enregistrements de ces six chants (de nombreux monastères en diffusent librement) en suivant le texte, puis en suivant les neumes. Peu à peu, le dessin et le son se rejoindront.

Comment les situer dans la messe

Ces chants ne sont pas interchangeables : chacun a sa place précise dans le déroulement de la messe. On distingue traditionnellement deux catégories :

Voici l'ordre dans lequel ces pièces sont chantées pendant la messe :

ChantPropre ou Ordinaire ?
IntroïtPropre
KyrieOrdinaire
GloriaOrdinaire
Graduel — suivi, à certaines fêtes, d'un Alleluia, d'un Tractus ou d'une séquencePropre
CredoOrdinaire
OffertoirePropre
SanctusOrdinaire
Agnus DeiOrdinaire
CommunionPropre
Ite missa esttexte fixe

Pour retrouver ces textes : le Propre se trouve dans le Graduale Romanum ou le Graduale Triplex (éd. Solesmes), l'Ordinaire dans le Kyriale Romanum (éd. Solesmes).

Chronologie jusqu'à la première croisade

Les grandes dates qui mènent du christianisme antique au chant « grégorien » tel que le fixe l'époque carolingienne, jusqu'au seuil de la première croisade — le récit complet se trouve dans Vous avez dit « grégorien » ?

DateÉvénement
313Édit de Milan : le christianisme devient religion autorisée dans l'Empire romain.
IVe s. (v. 386)Saint Ambroise introduit le chant antiphoné à Milan (chant « ambrosien »).
590 – 604Pontificat de Grégoire le Grand ; réorganisation de la liturgie romaine et de sa schola cantorum.
711Début de la présence musulmane en péninsule ibérique (al-Andalus).
732Charles Martel stoppe l'avance des Sarrazins à Poitiers.
768 – 814Règne de Charlemagne : le chant romain est imposé à l'empire ; de sa rencontre avec les usages francs naît le répertoire « grégorien ». Début de l'unification du chant grégorien grâce à l'évèque de Metz Chrodegang, qui fonde une Schola Cantorum
800Charlemagne couronné à Rome par le pape.
IXe s. (v. 850)Apparition des premiers neumes : de simples aide-mémoire du geste vocal, sans hauteurs précises (manuscrit de Laon, neumes messins).
IXe s.Cassia de Constantinople, hymnographe et compositrice byzantine : l'une des rares compositrices médiévales dont la musique nous soit parvenue.
v. 873Une Vie de Grégoire raconte pour la première fois la légende de la colombe du Saint-Esprit.
Xe s.Manuscrit d'Einsiedeln (Stiftsbibliothek, codex 121) : l'un des plus anciens témoins neumés (notation de Saint-Gall) du chant grégorien, notant entre autres l'introït Puer natus est.
2e  moitié du Xe s.Apparition de premières lignes pour préciser la hauteur des notes (en Italie et Aquitaine).
1054Schisme entre l'Église d'Orient et l'Église d'Occident. Les deux liturgies (romaine et byzantine) se développent indépendamment l'une de l'autre.
XIe s.Apparition de la notation carrée sur une portée : les hauteurs deviennent enfin clairement lisibles.
1066Conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie.
1095Concile de Clermont : le pape Urbain II prêche la première croisade.
1099Prise de Jérusalem : fin de la première croisade.

Bibliographie & ressources

Une sélection pour approfondir, du plus accessible au plus spécialisé.

Ouvrages d'introduction

Ouvrages spécialisés

Éditions de chant

Manuscrits numérisés & ressources en ligne (accès libre)

À écouter

Les interprétations citées dans ce blog (Solesmes, Silos, Organum / Marcel Pérès, Venance Fortunat / Anne-Marie Deschamps) sont réunies, prêtes à comparer, sur chaque page de chant — commencez par Puer natus est.

Vos suggestions

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