Exemple 5 — Alleluia. Dies sanctificatus

L'acclamation qui précède l'Évangile, le jour de Noël. Un chant bâti sur un seul mot — Alleluia — et sur la longue vocalise qui le prolonge : le jubilus.

Genre
Alleluia (acclamation avant l'Évangile)
Occasion
Messe du jour de Noël (in die), 25 décembre
Texte
Verset propre de Noël : Dies sanctificatus illuxit nobis…
Mode
Mode II (mode de ré grave, recueilli)
Style
Mélismatique : le mot est court, la vocalise est longue
Dans le Triplex
p. 49
Écouter le chant

Repérez le retour du jubilus : il ouvre le chant, puis revient après le verset.

Chœur des moines de l'abbaye Notre-Dame de Fontgombault — dans la tradition de la méthode de Solesmes.
Ensemble Organum (Marcel Pérès) — version ornée en organum médiéval (École de Notre-Dame), à comparer avec la version monodique ci-dessus.

Le texte et sa traduction

Latin
Français
Alleluia.
Alléluia.
Verset Dies sanctificatus illuxit nobis :
venite gentes, et adorate Dominum :
Verset Un jour sanctifié a brillé pour nous ;
venez, nations, et adorez le Seigneur ;
quia hodie descendit lux magna super terram.
car aujourd'hui une grande lumière est descendue sur la terre.
Définition — Jubilus

Le jubilus est la longue vocalise qui prolonge le « a » final d'Alleluia. Saint Augustin en donne la plus belle définition : le chant d'un cœur trop plein pour trouver ses mots. C'est le mélisme à l'état pur — les notes ne servent plus à porter un texte, mais une joie.

Comment un Alleluia est construit

Un Alleluia n'est pas un chant « en ligne droite » : c'est un aller-retour. Le soliste lance le mot Alleluia, le chœur le reprend et le prolonge par le jubilus ; le soliste chante ensuite le verset ; puis tout le monde revient au point de départ, jubilus compris. Cette forme responsoriale — un soliste, une réponse — est exactement celle que nous avons rencontrée dans l'héritage de la psalmodie.

Ce que cela change pour la lecture

Le rôle des notations anciennes ici

Dans une vocalise aussi longue, la notation carrée dit les notes mais pas le souffle. Ce sont les couches de Laon (au-dessus) et de Saint-Gall (en dessous) qui découpent le jubilus en petites unités respirables : un c (celeriter) pour filer, un t (tenete) ou un épisème pour poser. Sans elles, le jubilus se chante à plat.

Le saviez-vous — un même Alleluia pour plusieurs fêtes

Les mélodies d'Alleluia voyagent : une même ligne mélodique sert souvent à plusieurs versets, au fil de l'année liturgique. Le répertoire des Alleluias est ainsi un formidable terrain d'observation de la réutilisation des mélodies — un procédé courant dans le grégorien, où l'on adapte un modèle connu à un texte nouveau.

Voir les trois notations

Alleluia Dies sanctificatus dans le Graduale Triplex, avec son jubilus
« Alleluia. Dies sanctificatus », avec son jubilus sur « -ia », dans le Graduale Triplex (Solesmes, 1979), p. 49.
Laon, au-dessus : où presser, où poser Notation carrée, au centre : les notes du jubilus Saint-Gall, en dessous : le geste, les épisèmes
À retenir pour ce chant

L'Alleluia est la forme où le mélisme devient le sujet : un mot, une explosion de notes, un verset, et l'on recommence. Écoutez maintenant le même genre, à l'autre grand pôle de l'année liturgique : Pâques.